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Chers Amis,

Il y a presqu’une année, François Ozon nous régalait d’un excellent film, “Sous le sable” (Coup de chapeau n°72), dans lequel il nous narrait la difficile acceptation de la disparition d’un être cher. Dans une démarche totalement opposée, mais qui relève des mêmes stratégies de quête de vérité, il nous livre sa nouvelle production, “8 femmes”. Si vous n’avez pas le temps de lire ce qui suit, sachez seulement que c’est un petit chef d’oeuvre qui, j’en suis sûr, vous transportera.

L’action se déroule dans les années 50. Nous sommes dans une coquette maison bourgeoise perdue dans une campagne dont le sol est en train de se couvrir d’une épaisse couche de neige. Là, sept femmes que rejoindra une huitième, découvrent l’horrible réalité : Marcel, le maître de la maison est  mort dans son lit avec un poignard fiché dans le dos.

Ces femmes, qui sont-elles ? Il y a l’épouse du mort, Gaby, sa soeur Augustine, sa belle-soeur, Pierrette, sa mère, Mamy, ses deux filles, Suzon et Catherine,  Madame Chanel, sa cuisinière et Louise, sa bonne. Toutes sont apparemment innocentes, toutes sont gentilles et heureuses d’être ensemble. Mais la tragique découverte de l’assassinat de Marcel va obliger chacune à dévoiler sa vraie nature.

La maison est isolée. Personne n’est entré ni sorti de la maison, à l’exception de ces huit personnes. L’assassin est donc l’une d’elle. Toute communication avec l’extérieur ayant été rendue impossible par une météo de chien et par un sabotage du téléphone, les huit femmes vont mener leur enquête elles-mêmes.

Si apparemment le sujet est peu riant, la pièce de théâtre de Robert Thomas dont est tiré le scénario du film laisse une grande place à l’émotion et à l’humour. A cela il faut ajouter la géniale idée de François Ozon d’interrompre l’action pour laisser ses héroïnes nous chanter chacune une chanson - souvent touchante - qui en dit long sur sa personnalité. Toute la force du réalisateur est de parvenir à intégrer ces moments épatants comme s’ils étaient naturels. Ce même exploit, il l’accomplit tout au long du film où il donne une impression de réalisme avec des éléments qui ne le sont pas. Par exemple, il fait porter des vêtements d’une sophistication extrême à tous ses personnages. De même, il n’hésite pas à donner un décor de style britannique à une résidence qui se veut française. Quant à ces huit femmes, peu leur chaut, semble-t-il, qu’elles n’aient que des  chaussures de ville pour aller dans la neige ou qu’elles soient privées de repas pendant toute une journée. Nous sommes si agréablement mystifié par le kitsch ambiant qu’aucune invraisemblance ne nous gêne. Ce n’est qu’à la fin du film, au moment où les actrices se mettent en ligne comme elles le feraient sur l’avant-scène pour être applaudies, que nous réalisons que nous étions en fait au théâtre.

Le cinéma d’Ozon fourmille de références au 7ème Art américain de cette époque dont il a repris les couleurs un peu trop appuyées du Technicolor, les costumes à l’élégance outrancière des stars (Marilyn Monroe, Ava Gardner, Lana Turner... ), leur coiffures raffinées et certains éléments des ambiances si chères à Hitchcock. Le cinéma français n’est pas oublié puisque le réalisateur rend un hommage tout particulier à François Truffaut en mettant dans la bouche de Gaby une réplique rendue célèbre par “La Sirène du Mississippi” et “Le dernier Métro” : “Te voir à mes côtés est une joie mais aussi une souffrance” .

Les dialogues de François Ozon et Marina de Van trouvent dans ce film un écrin qui les met en valeur.  Vacheries, insultes, mots tendres et fielleux, rien n’est épargné aux protagonistes, et ce, oserais-je l’avouer, pour notre plus grande joie.

Le jeu des huit actrices (Fanny Ardant, Emmanuelle Béart, Danielle Darrieux, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Virginie Ledoyen, Firmine Richard et Ludivine Sagnier), réunies dans un bouquet exceptionnel, est un pur bonheur que renforce une technique parfaite. Les éclairages individualisés et adaptés à la personnalité de chaque personnage mettent en valeur le cadrage. En ce qui concerne le montage et la bande-son, ils sont tous deux parfaits, le premier sans longueur, bien rythmé et la seconde délicieusement évocatrice d’un temps révolu.

Il serait donc dommage que vous manquiez ces “8 Femmes”, ne serait-ce que pour vivre l’expérience de la transformation d’un groupe d’anges en un panier de vipères...

Bon film !

Amitiés.

J.-M. de Wolff

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