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B.D. : TONNERRE RAMPANT
La BD, depuis quelques années a puisé une bonne partie de ses
effets dans le cinéma et ce avec le plus grand bonheur. Les
cadrages, les ellipses, le découpage du scénario, tout
rapprochait le 9ème art du 7ème. On pouvait craindre que la BD
ne s’enferme dans un système dont elle ne saurait plus sortir.
C’était sans compter l’esprit novateur de certains
auteurs. Eric Liberge est de ceux-ci. Il vient de publier, chez
Soleil, un album exceptionnel tant par sa facture que par son mode
narratif : “Tonnerre rampant”.
1667 en France. Marie Lairre est une jeune nonne bénédictine.
Elle est tombée amoureuse d’un homme, Lord Waldegrave, qui lui
propose de l’épouser et de la ramener en Angleterre, dans le
prieuré de Nunhead. La jeune femme ne résiste pas à cet amour,
elle rompt ses voeux et suit aveuglément celui que son coeur
chérit.
En 1928, Aloïs Squirre, écrivain spécialiste du paranormal,
est invité au prieuré par son ami, le Révérend Pembroke, et
son épouse Marianne. La maison, aux dires de ceux-ci, semble
hantée. Des phénomènes inexplicables s’y multiplient au
nombre desquels, on compte des bruits de pas provoqués par des
êtres invisibles, des objets se déplaçant sans intervention
humaine, des serrures rouillées se verrouillant toutes seules,
des écritures sibyllines apparaissant sur les murs et bien d’autres
manifestations non moins inquiétantes.

Squirre sera bientôt rejoint par une équipe envoyée par le
Laboratoire National de Recherches Parapsychologiques qui compte
un médium, une jeune femme, qui va tenter d’entrer en contact
avec les puissances de l’au-delà. Alors que Marianne Pembroke
sombre peu à peu dans des crises d’angoisse épouvantables, ces
chercheurs parviendront-ils à faire la lumière sur les
événements qui sont peut-être à l’origine de ces
manifestations étranges ? Des indices laissent supposer que Marie
Lairre et Lord Waldgrave sont impliqués dans tout cela, mais que
pourraient-ils avoir fait pour mériter un châtiment aussi
sévère que celui d’être condamnés à hanter éternellement
le prieuré ? A moins que tout ceci ne soit qu’un leurre...
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L’album d’Eric Liberge déstabilise le lecteur parce que la
plupart des pages ne comptent pas les cases habituelles au genre.
Les différents plans se fondent les uns dans les autres, se
superposent ou débordent de l’espace qui leur a été
réservé. Il en ressort une impression de vertige, de malaise qui
rend le paranormal encore plus envahissant, plus anxiogène.

La mise en couleur participe à ce sentiment par les tons
choisis, déclinant à l’infini les bruns, sépias, rouges et
bleus. Quant aux apparitions ectoplasmiques, Liberge parvient à
les suggérer par des taches ou des esquisses partielles qui ne
prennent de signification qu’après que le lecteur les ait
longuement observées. A ce titre, “Tonnerre rampant” est une
expérience visuelle originale qui ne laissera personne
indifférent.
A réserver aux adultes !
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