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Chers Amis,
Il y a quelques semaines, paraissait le troisième album de
la série “Murena”. Je ne vous en ai pas parlé à ce
moment-là car le premier tome n’était plus disponible. Or
cette série doit impérativement être lue dans l’ordre des
parutions. Aujourd’hui, le mal est réparé : une réédition
de ce premier volume vient de sortir.
Parmi les grands scénaristes de BD, il en est un que je
considère comme insurpassable lorsqu’il s’agit de
raconter une histoire étrange dont les personnages rivalisent
de bizzarerie ou de perversité : Jean Dufaux. Une fois de
plus, il excelle dans ce péplum dessiné par Delaby et dont
le moins qu’on puisse dire est qu’il ne présente qu’une
très lointaine parenté avec les “Alix” de Jacques
Martin. Ici, les bons sentiments, l’honneur et la justice
sont mis au rancart pour nous dépeindre une société romaine
déliquescente, violente, cupide et cynique.
Nous sommes à la fin du règne de l'Empereur Claude. Celui-ci
a épousé Aggripine qui aimerait faire de Néron, le fils
d’un premier mariage, le successeur de son époux. Mais
celui-ci préférerait mettre sur le trône son propre fils
Britannicus. De plus, Claude a une maîtresse qui n’est
autre que la mère de Lucius Murena, le héros de notre
histoire. Aggripine n’est pas femme à se laisser dicter son
destin. Elle fait assassiner Britannicus, Claude et la maîtresse
de celui-ci.
Néron devient donc le nouvel Empereur. Faible et
capricieux par nature, ce jeune homme va se laisser glisser
sur la pente de la facilité, de l’exhibitionnisme et de ce
qu’il appelle les arts...

Mais deux hommes ont décidé qu’ils ne laisseraient pas
certains crimes impunis : d’une part, Murena, atterré par
l’assassinat de sa mère, et d’autre part, un Numide,
ancien esclave protégé de Britannicus. Ils vont rechercher,
chacun de leur côté, la main qui a commis ces actes et
surtout la tête qui en a donné l’ordre.
La trame historique est bien respectée dans
l’ensemble, Dufaux ne s’octroyant que de rares libertés
mineures, entre autres, avec le personnage de Locuste.
La Rome politique comme la Rome populaire, aussi débauchées
et bestiales l’une que l’autre, sont admirablement décrites.
Quant aux scènes de violences dans les arènes, elles
confinent à l’horreur... il ne manque que l’odeur...

Le scénario est excellemment mené mais il
ne serait rien sans le graphisme au réalisme saisissant de
Delaby. La mise en couleur est délicate et les éclairages
nous font pleinement ressentir le soleil écrasant du centre
de l’Italie comme la fraîcheur de la nuit. Les décors
superbement reconstitués et les ambiances d’intérieur
valent qu’on prenne son temps pour les savourer.

Bonne lecture !
Encore un détail : ces temps, il est possible de
voir, à côté de quelques dessins érotiques d’un goût
douteux, plusieurs planches originales de “Murena”
à la galerie du magasin BD Raspoutine, sis au bas de la rue
Marterey à Lausanne. Le fait que les dessins soient en noir
et blanc leur donne un relief tout particulier et nous permet
d’apprécier la vigueur du trait de Delaby.
Amitiés
J.-M. de Wolff
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