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Le Cahier Bleu
de André Juillard
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Louise Lemoine est une jeune et jolie Canadienne, pardon,
Québécoise. Son appartement est dépourvu de rideau aux
fenêtres. Ce détail serait dépourvu d’intérêt si celles-ci
ne donnaient sur une station du métro parisien dans sa partie
aérienne. Louise, donc, sans effronterie, mais avec une
élégante nonchalance sort de son bain et se balade, comme à son
habitude, dans le plus simple appareil. Deux hommes, plutôt
jeunes, attendant le prochain métro, lèvent alors le nez et
aperçoivent la belle derrière ses fenêtres.
Tous deux en tombent immédiatement amoureux et n’auront de
cesse que de la rencontrer. Mais leurs caractères si
dissemblables les amènent à utiliser des tactiques différentes
pour atteindre leur but.
Si le premier, Armand, ne s’embarrasse pas de scrupule pour
aller demander à Louise de sortir avec lui, le second, Victor,
imagine une mise en scène pour la rencontrer. Homme méticuleux,
il consigne toutes ses pensées dans un cahier bleu.
Louise a le caractère bien trempé et n’est pas de nature à
s’en laisser compter. Elle va mener les deux hommes par le bout
du nez. Dans un premier temps, elle accordera sa préférence à
Armand, le temps d’une escarmouche, puis à Victor qui lui
plaît bien davantage. Mais Armand va récupérer la situation en
lui faisant parvenir le cahier bleu de son concurrent... Les deux
jeunes gens n’en resteront pas là et la situation va s’envenimer.
Comme on le sait, rien n’est facile en amour et les surprises ne
manquent pas.
Le Cahier Bleu est un réédition de l’oeuvre originale parue
en 1994. Ce magnifique album d’André Juillard, un des maîtres
incontestés de la BD réaliste, avait obtenu l’Alph'art du
meilleur album français, Angoulême 1995, le prix spécial du
Jury de Sierre, 1995, et le Grand prix de la ville d'Angoulême,
1996. Tout y est réussi : personnages, décors, couleurs et
surtout scénario. Celui-ci se singularise par une triple
narration qui prend le point de vue de chacun des trois
personnages.

L’ambiance qui règne dans cette oeuvre est très
particulière. En effet la tension dramatique, qui progresse très
lentement mais inéluctablement, est occultée par la sensualité
à fleur de peau de Louise. La jeune femme accroche notre regard
moins par sa nudité que par ses attitudes parfois impudiques mais
dont la candeur exclu la perversité. L’effet est renforcé par
une coiffure ébouriffée à la garçonne qui s’oppose à la
féminité d’un corps moulé dans une jupe étroite et un
t-shirt ajusté.

Dès le début, le lecteur sent que Cupidon pourrait jouer des
tours aux protagonistes et chose heureuse, il ne s’en prive pas.
Avec un sens de la justice qui apaise nos coeur, il fait en sorte
que le personnage le plus malmené soit celui qui, en fin de
compte, s’en sort le mieux.
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