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Chers Amis,

Il y a peu, l’un de vous m’a envoyé un mail me demandant si je connaissais “Blacksad”, la BD de Diaz Canales et Guarnido. J’ai perçu, entre les lignes, une pointe de reproche pour n’avoir pas consacré de “Coup de chapeau” à cette petite merveille parue en novembre 2001. Je me souviens de lui avoir préféré le film “The Barber” (N°110), un polar lui aussi. Si ce film méritait des louanges, il n’était pas juste de reléguer la BD aux oubliettes. Voici donc de quoi réparer cette iniquité.

John Blacksad est un privé à la manière de Marlowe. Tout comme celui-ci, il soliloque sur un ton un brin désabusé. Un triste matin, Blacksad est convoqué par le policier Smirnov sur les lieux d’un crime. Une jeune femme gît sur un lit, une balle entre les deux yeux. Son nom : Natalia Wilford. Sa profession : actrice. Son passé : elle a été la compagne de Blacksad pendant quelques années, celles qui furent les plus douces à vivre pour le détective.

Blacksad va faire de ce meurtre une affaire personnelle : l’assassin de Natalia va payer, cher, très cher. Smirnov, de son côté, est déçu de voir que son idéal de policier est mis à mal par les privilèges que s'octroient les puissants et les riches. Il décide donc d’aider le détective à faire le ménage...

Il n’y a rien de très original dans ce scénario. Mais la manière dont les choses sont évoquées, et surtout le rythme qui est imprimé à la narration vont rendre l’histoire d’autant plus captivante qu’elle est servie par le graphisme extraordinairement riche de Guarnido. Il nous croque des protagonistes au profil animalier dont les attributs psychologiques correspondent à leurs apparences. Chose étonnante, après quelques pages déjà, notre oeil s’habitue à ces personnages de papier au point que nous ne les percevons plus comme fictifs.

Cet album est servi par une variété de plans dont certains nous coupent  le souffle. Les plongées vertigineuses tout comme les scènes de mouvement sont admirablement rendues. Quant aux expressions que l’on peut lire sur les visages - peut-être est-il préférable de parler de gueules - elles sont rendues saisissantes par les sentiments qu’elles parviennent à suggérer.

Les éclairages méritent des éloges tout particuliers car, tout en précisant le relief des formes, ils donnent une impression de profondeur attrayante quels que soient les décors : tripots enfumés, bureaux ou cimetière, pour n’en citer que quelques-uns. Le coloriage est à l’avenant : par des tons gris égayés d’une pointe de couleur, il participe à l’ambiance glauque qui convient si bien à ce genre littéraire.

Blacksad mérite qu’on y jette un coup d’oeil et même davantage. Il serait dommage que cette BD tombe dans l’oubli parce qu’elle est éclipsée par des oeuvres dont l’énormité du succès commercial n’a d’égal que la médiocrité du contenu.

Amitiés. 

J.-M. de Wolff

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